La discussion ci-dessus suffit pour comprendre pleinement le thème et le contenu de ces deux sourates, mais puisque trois points dans les livres de Hadith et de tafsîr concernant ces sourates ont été discutés, et qu'ils peuvent semer le doute dans les esprits, il est également nécessaire de les clarifier ici.
Premièrement est-il absolument établi que ces deux sourates sont des sourates coraniques ou y-a-t-il un doute à ce sujet ? Cette question s'est posée car dans les traditions relatées d'après d'illustres compagnons tels que notre maître `Abdullâh Ibn Mas`ud, il a été dit qu'il ne considérait pas que ces deux sourates faisaient partie du Coran et ne les avait pas inscrites dans sa copie du Mushaf. L'Imam Ahmad, Al-Bazzâr, At-Tabarânî, Ibn Mardaweih, Abû Ya`lâ, `Abdullah Ibn Ahmad Ibn Hanbal, Humaydi, Abû Nu`aym, Ibn Hibbân et d'autres savants des traditions ont rapporté ceci d'après notre maître `Abdullâh Ibn Mas`ûd avec d'autres chaînes de transmissions et essentiellement d'autorité reconnue. D'après ces traditions, non seulement a-t-il exclu ces sourates du Mushaf mais on a aussi rapporté qu'il disait : "Ne mélangez pas avec le Coran ce qui n'en fait pas partie. Ces deux sourates ne sont pas incluses dans le Coran. Ce n'est qu'un ordre donné au Saint Prophète (que la paix soit sur lui) de chercher refuge auprès de Dieu". Dans certaines traditions, on ajoute qu'il ne récitait pas ces deux sourates pendant la Prière.
Se basant sur ces traditions, les ennemis de l'Islam ont eu l'occasion de semer le doute sur le Coran, disant que ce livre - à Dieu ne plaise - n'est pas exempt de corruption. Car si, selon un compagnon du rang de `Abdullah Ibn Mas`ud, ces deux sourates étaient un ajout au Coran, d'autres ajouts et soustractions auraient aussi pu avoir lieu. Pour laver le Coran de ces accusations, le Juge Abû Bakr Al-Bâqilâni, le Juge `Iyâd et d'autres étaient d'avis qu'Ibn Mas`ud ne niait en fait pas que les Mu'awwidhatayn soient coraniques mais refusaient simplement de les inscrire dans le Mushaf car, selon lui, seul ce que le Saint Prophète (que la paix soit sur lui) avait autorisé d'inscrire pouvait être inscrit dans le Mushaf, et Ibn Mas`ud n'avait pas reçu l'information que le Saint Prophète l'avait permis. Mais cet avis n'est pas correct [1], car selon des preuves reconnues, il est confirmé que Ibn Mas`ûd (qu'Allâh soit satisfait de lui) a nié qu'il s'agissait de sourates du Coran. D'autres érudits, par exemple, l'Imâm An-Nawawî, l'Imâm Ibn Hazm et l'Imâm Fakhruddîn Ar-Râzî, considèrent comme un pur mensonge et une tromperie les récits selon lesquels Ibn Mas'ud aurait déclaré une telle chose. Mais rejeter des faits historiques sans preuves solides est non scientifique.
Alors la question est : comment réfuter correctement l'accusation faite à l'encontre du Coran du fait de ces traditions d'Ibn Mas'ud ? Cette question a plusieurs réponses que nous allons apporter à la suite :
1. Al-Hâfidh Al-Bazzâr, après avoir relaté ces traditions d'Ibn Mas`ûd dans son Musnad, a écrit que ce dernier était le seul de cet avis, aucun autre Compagnon n'avait ce point de vue.
2. Les copies du Coran que le troisième Calife, notre maître `Uthmân (qu'Allâh soit satisfait de lui), a fait compiler en consensus avec les Compagnons et qu'il a fait envoyer du Califat Islamique officiellement vers les centres du monde de l'Islam contenaient ces deux sourates.
3. Le Mushaf qui, depuis le temps sacré du Saint Prophète (que la paix soit sur lui) jusqu'à nos jours, a le sceau du consensus du monde Islamique entier, contient ces deux sourates. L'opinion isolée de `Abdullâh Ibn Mas`ûd, malgré son rang, ne fait pas le poids face à ce grand consensus.
4. Il est confirmé par un hadith fiable du Saint Prophète (que la paix soit sur lui) que, non seulement il récitait ces sourates dans la Prière lui-même, mais incitait les autres à les réciter, et les enseignait aux gens en tant que sourates du Coran. Voyez par exemple les hadiths suivants :
Nous avons cité selon Muslim, Ahmad, At-Tirmidhi et An-Nasâ'î, la tradition de notre maître `Uqbah Ibn `Âmir selon laquelle le Saint Prophète lui avait dit à propos de sourate Al-Falaq et de sourate An-Nâs, que ces versets lui avaient été révélés cette nuit-là. Une tradition d'An-Nasâ'î d'après `Uqbah Ibn `Âmir dit que le Saint Prophète (que la paix soit sur lui) récitait ces deux sourates durant la Prière du matin. L'Imam Ahmad rapporte d'autorité reconnue dans son Musnad la tradition d'un Compagnon selon laquelle le Saint Prophète lui disait, "Quand tu fais la Prière, récite ces deux sourates". Dans Musnad Ahmad, Abû Dâwûd et An-Nasâ'î cette tradition de `Uqbah Ibn `Âmir est relatée : "Le Saint Prophète lui dit : " Ne voudrais-tu pas que je t'enseigne deux sourates qui sont parmi les meilleurs sourates que les gens récitent ? " Il dit : "Enseigne les moi, O messager d'Allâh. " Alors, le Saint Prophète lui a enseigné les Mu`awwidhatayn. Puis la Prière a commencé et le Saint Prophète y a encore récité ces deux sourates. Après la Prière, le Saint Prophète est passé près de lui et lui a demandé : "Ô `Uqbah, comment l'as-tu trouvé ?" Puis, il lui a recommandé : "Quand tu te couches et quand tu te lèves, récite ces deux sourates." ".
Dans Musnad Ahmad, Abû Dâwûd, At-Tirmidhî et An-Nasâ'î, il y a une tradition de `Uqbah Ibn `Âmir, disant que le Saint Prophète l'exhortait à réciter les Mu'awwidhât (c'est à dire Qul Huwa Allâhu ahad et les Mu'awwidhatayn) après chaque Prière. An-Nasâ'î, Ibn Mardaweih et Al-Hâkim ont aussi rapporté cette tradition d'après `Uqbah Ibn `Âmir : "Une fois, le Saint Prophète était sur une monture et je marchais auprès de lui avec ma main placée sur son pied sacré. Je dis : "Aie l'obligeance de m'apprendre sourate Hûd ou sourate Yûsuf. " Il me répondit : "Aux yeux d'Allâh, il n'y a rien de plus bénéfique pour le serviteur que 'Qul a`ûdhu birabb il-falaq'."
Une tradition de `Abdullâh Ibn `Ubayd Al-Juhanî a été rapportée par An-Nasâ'î, Al-Bayhaqî et Ibn Sa`d, disant que le Saint Prophète lui dit : "Ibn `Ubayd, ne devrais-je pas te dire quels sont les meilleurs moyens par lesquels ceux qui cherchent refuge ont cherché refuge auprès d'Allâh ? " Je dis : "Instruis-moi, Ô Messager d'Allâh. " Il répondit : "Qul a`ûdhu birabb il-falaq" et "Qul a`ûdhu birabb in-nâs" - ces deux sourates". Ibn Mardaweih h a rapporté d'après la Mère des Croyants, Umm Salamah : "Les deux sourates préférées d'Allâh sont "Qul a`ûdhu birabb il-falaq" et "Qul a`ûdhu birabb in-nâs." "
Maintenant la question suivante se pose : qu'est ce qui est à l'origine de la méprise de notre maître `Abdullâh Ibn Mas`ûd quant à la coranicité de ces deux sourates ? Nous obtenons la réponse en confrontant deux traditions : premièrement, notre maître `Abdullâh Ibn Mas`ud affirmant que ce n'était qu'une injonction donnée au Saint Prophète enseignant comment chercher refuge auprès d'Allâh ; deuxièmement, la tradition relatée par l'Imâm Al-Bukhârî dans son Sahîh, par l'Imâm Ahmad dans son Musnad, par Al-Hâfidh Abû Bakr Al-Humaydî dans son Musnad, Abû Nu`aym dans Al-Mustakhraj et par An-Nasai dans ses Sunan, avec différentes chaînes de transmission, selon Zirr Ibn Hubaysh, avec une légère variation dans les termes d'après Ubayy Ibn Ka`b, qui avait une place particulière parmi les Compagnons du fait de sa connaissance du Coran. Zirr Ibn Hubaysh déclare : " Je dis à Ubayy : Ton frère, `Abdullâh Ibn Mas`ûd, dit ces choses. qu'en penses-tu ? " Il répondit : "J'ai posé la question au Saint Prophète (que la paix soit sur lui). Il m'a dit : " On m'a dit de dire 'qul', alors j'ai dit 'qul'. " Donc, nous aussi nous devons dire la même chose que le Saint Prophète." ". Dans cette tradition rapportée par l'Imâm Ahmad, les mots de Ubayy sont : "J'atteste que le Saint Prophète (que la paix soit sur lui) m'a dit que Gabriel (la paix soit sur lui) lui a dit de dire "Qul a`ûdhu birabb il-falaq" alors il l'a récitée à l'identique, puis Gabriel lui a demandé de dire : "Qul a`ûdhu birabb in-nâs", alors il l'a récitée également. Par conséquent, nous aussi nous disons comme le Saint Prophète a dit".
L'étude de ces deux traditions montre que le mot qul (dit) dans ces deux sourates a causé la méprise de `Abdullah Ibn Mas`ûd selon laquelle le Saint Prophète (que la paix soit sur lui) avait reçut l'ordre de dire : "A`ûdhu birabb il-falaq" et "A'udhu birabb in-nâs". Mais il n'a pas ressenti le besoin d'interroger le Saint Prophète à ce sujet. Dans l'esprit de Ubbay Ibn Ka`b, la question s'est posée et il a interrogé le Saint Prophète. Le Saint Prophète a répondu : "Etant donné que Gabriel (la paix soit sur lui) a dit "qul", alors je dis moi aussi qul."
Autrement dit, si quelqu'un reçoit un ordre et qu'on lui demande : "Dis, je cherche refuge", il ne va pas répéter l'ordre et dire : "Dis, je cherche refuge", mais plutôt omettre l'injonction "dis" et dire directement : "Je cherche refuge". En revanche, si le messager d'un officier supérieur transmet à quelqu'un le message dans ces mots : "Dis, je cherche refuge", et que cet ordre lui est donné non seulement pour sa propre personne mais également pour être transmis aux autres, il transmettra aux gens les mots du message verbatim et n'aura pas l'autorisation d'omettre une quelconque partie du texte du message.
Ainsi, le fait que ces deux sourates commencent avec le mot "qul" (dis) est une preuve claire qu'il s'agit d'une Parole Divine, que le Saint Prophète (que la paix soit sur lui) devait transmettre verbatim. Ce n'était pas seulement un ordre à son adresse pour sa seule personne. Hormis ces deux sourates, il y a 330 autres versets du Coran qui commencent par le mot qul (dit). La présence de "qul" dans tous ces versets est une preuve que c'est Parole Divine, que le Saint Prophète devait transmettre verbatim. Dans le cas contraire, si qul avait partout signifié un ordre, le Saint Prophète l'aurait omis et n'aurait dit que ce qu'il avait reçu l'ordre de dire, et il n'aurait pas été consigné dans le Coran, il se serait contenté au contraire de dire ce qu'il avait reçu l'ordre de dire.
A la lumière de ceci, on peut pleinement réaliser combien il est déraisonnable de considérer les Compagnons comme infaillibles et de clamer qu'un Compagnon est diffamé dès qu'on entend décrire un de ses faits ou un de ses dires comme étant une erreur. Ici, on peut clairement voir quelle bévue un Compagnon aussi illustre que `Abdullah Ibn Mas`ûd a pu commettre à propos de deux sourates du Coran. Si une telle erreur pouvait être commise par un éminent Compagnon comme lui, d'autres pourraient également avoir commis une erreur. On peut étudier cela de manière scientifique et reconnaître comme étant erreur une chose faite ou dite par un Compagnon et dont l'erreur est prouvée. Mais mauvaise serait la personne, qui allant plus loin que de désigner cette erreur commencerait à blâmer et à trouver des défauts aux Compagnons du Saint Prophète d'Allâh. En ce qui concerne les Mu'awwidhatayn, les commentateurs et spécialistes des narrations ont décrit l'opinion de Ibn Mas`ûd comme étant fausse, mais personne n'a osé dire qu'en refusant ces deux sourates du Coran, il était devenu, Dieu nous en garde, un mécréant.
La dernière chose à noter concernant les Mu`awwidhatayn est la relation entre le début et la fin du Coran. Bien que le Coran ne soit pas arrangé de manière chronologique, le Saint prophète (que la paix soit sur lui) arrangea dans l'ordre présent les versets et sourates révélés durant 23 ans à diverses occasions pour répondre aux besoins et aux situations, non par lui même, mais par l'Ordre d'Allâh Qui les lui révéla. Selon cet ordre, le Coran s'ouvre sur Al-FatiHa et se termine sur le Mu`awwidhatayn. Considérons-les tous les deux.
Au début, après avoir fait les louanges et glorifié Allâh, Qui est le Seigneur des mondes, Le miséricordieux par Essence et par Excellence, Roi du jour de la rétribution, le fidèle dit : " C'est Toi seul que j'adore et c'est de Toi que j'implore l'aide, et l'aide la plus urgente dont j'ai besoin est que Tu me guides sur le Droit Chemin." En réponse à cela, Allâh lui donne le Coran entier pour lui indiquer le droit Chemin, qui se termine ainsi : l'Homme prie vers Allâh, Qui est le Seigneur de l'Aurore, Seigneur des humains, Roi des humains en disant : "Je me mets sous Ta seule protection contre le mal de toutes les créatures et en particulier, contre le mal du démon qui souffle, qu'il appartienne aux djinns ou aux humains, car ce sont les plus grands obstacles à suivre le Droit Chemin". La relation entre le début et la fin ne peut rester cachée de quiconque a de la perspicacité et peut comprendre.
Bibliographie:
Hani Ramadan- Commentaire de la sourate Al FâtiḤa (Tawhid)
Hassan Amdouni- Commentaire Du Coran Chapitre ʿAmma (Le Savoir)
Tahar Gaid- Commentaire du Coran ʿAmma (Iqra)
Ibn Salih Al Uthaymin- Commentaire du hizb Sabbih et d'Al Fatiha (Almadina)